16 avril 2019

On raconte dans les mythologies du bassin du fleuve Niger, que le bogoalan a été découvert et inventé par une femme de chasseur qui, ayant constaté les taches indélébiles sur les vêtements laissées par les décoctions de plantes médicinales séchées par terre, a compris que la teinture du tissu s’obtenait par une réaction chimique lors de l’application de la boue sur le support textile.

Le bogolan en bambara signifie «bogo» argile et «lan» mettre. Le bogolan est une technique traditionnelle très ancienne de teinture végétale pratiquée en Afrique Occidentale mais essentiellement valorisée au Mali et au Burkina Faso. Le Bogolan est le plus original des textiles traditionnels. C’est un art typiquement manuel, utilisant des produits naturels. Toutes les nuances colorées sont obtenues à partir de matériaux minéraux et végétaux, ceci à partir de décoction de feuilles et d’écorces d’arbres, de potasse traditionnelle et de savon détergeant. En résumé il tire sa noblesse par cette simple équation: il est issu de la rencontre de l’argile, de la forêt (racines, feuilles, encre) et du coton.

À l’origine, le Bogolan était réservé à une classe donnée de la société. Il s’agissait des chasseurs et dans une moindre mesure les guerriers et les guérisseurs. Avec une calligraphie complexe les sociétés mandingues y ont imprimé des significations, des codifications propres, ainsi les tenues et motifs traditionnels vont prendre les fonctions et usages très précis, tels motifs de pagne pour l’épouse, tel autre pour la jeune fille, pour le néo-circoncis, pour le chasseur, pour le mariage, le système vestimentaire Bogolan était né, complet dans son esthétique et dans son écriture sociale, traduisant les espérances, les enjeux socio-politiques, les croyances des peuples de langue Bamanan ou Bambara.

À Afrodyssée, les designers Threaded Tribes (Ghana) et Leydii (Mali) proposent des vêtements en bogolan (mudcloth).

Le bogolan est une technique d’impression nécessitant plusieurs étapes de réalisation. La cotonnade est trempée dans une décoction de n’galaina (feuille de l’arbre anogeissus leiocarpus) afin de donner une coloration de base et de permettre par réaction chimique la fixation des des autres couleurs. Le tissu est ensuite exposé au soleil pour séchage. Le support est alors prêt à recevoir le dessin, la «bogolaniste» applique alors de la boue qu’elle s’est procurée au préalable qu’elle à fait fermenter dans une jarre. Parfois de vieux clous favorisant l’oxydation y sont ajoutés. La femme trace des motifs à l’argile sans dessin préliminaire, elle traite ainsi le fond par un travail en négatif, dit en «réserve».

Les dessins sont produits à main levée grâce à des lignes (kalama) plus ou moins fines, à l’aide de spatules en métal, de tiges de mil de rônier, ou de plumes. Après un nouveau séchage de l’étoffe au soleil, cette dernière est soigneusement lavée afin d’enlever l’excédent de boue. La réaction chimique entre la boue et la décoction de n’galaina rend la teinte noire indélébile.

Le Bogolan c’est la modernité alliée à la tradition, l’esthétique qui magnifie les valeurs et symboles des sociétés sahéliennes, l’expression de la personnalité de l’artisan producteur, et le respect de l’écologie et de son environnement.

Photos: Smithsonian
Texte: Afrodyssée